5ème jour : St Alban sur Limagnole à Aumont Aubrac - 16 km

7h, j’ouvre le store de la fenêtre de la chambre.

C’est blanc.

C’est beau.

C’est le joli mois de Mai.

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Nous prenons notre petit déjeuner dans la salle du bar.

Puis, je m’équipe pour affronter neige, froid et vent ! Je mets mes vestes, mes gants en soie et ceux en polaire, mon bonnet, mes foulards et mon poncho de pluie devant le regard ébahi d’un papy qui prend son café. Sous mon pantalon de rando, j’ai mis un legging.

La patronne souligne ma détermination et m’encourage. Elle parle des conditions quelquefois difficiles pour les marcheurs.

Un été, une femme a mis des éponges sur ses épaules pour se protéger de ses sangles blessantes...

Je quitte l’auberge à 8h15. Je sors de la ville et j’emprunte un chemin qui monte, le sol est blanc.

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Comme chaque matin, un temps est nécessaire pour retrouver la sensation agréable de la marche.

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Le sentier devient racineux et caillouteux.

Le ciel est gris. Il fait froid. Le vent souffle. Il neige un peu.

Je n'ai pas froid.

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Un homme sous sa cape de pluie me double, je le salue, il ne m’entend pas, il a un grand bâton de marche en bois où je lis gravé « Dieu est mon chemin. »

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Beaucoup de personnes me doublent, ils avancent d’un pas rapide, la tête baissée.

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C’est une matinée particulière où chacun a envie d’avancer plus vite que d’habitude.

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J’arrive au hameau des Estrets dans une verte vallée recouverte de blanc aujourd’hui. La neige a cessé de tomber.

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Un monsieur âgé me rejoint, je m’étonne de voir qu’il porte des sandales avec des chaussettes, il me répond qu’il marche ainsi toute l’année. Le groupe qui l’accompagne le rejoint, je dis bonjour à la volée mais mon salut n’est pas entendu, on m’ignore.

Je les laisse me distancer.

Ce sera mon groupe de retraités pas souriants !

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Je me repose un court instant assise sur une grosse pierre, mais le vent me dérange beaucoup trop.

Le large sentier serpente maintenant entre de grandes rangées de fils de fer barbelé de part et d’autre du chemin. Aucun endroit pour m'asseoir : que du fil barbelé.

Des vieux troncs couchés, qui auraient pu servir de bancs, reposent de l'autre côté des barbelés.

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La montée est longue. La vue devient dégagée.

Ils ont même mis des fils de fer barbelé autour d'un petit calvaire, pour le protéger des vaches ou des marcheurs...

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Un pèlerin me double avec sa gourde et son gobelet attachés devant sur les sangles de son sac, un grand parapluie fixé derrière.

Le pèlerin, c’est le marcheur qui a accroché une coquille Saint Jacques à l’arrière de son sac, il marche vers Santiago de Compostela pour des raisons religieuses.

Les pèlerins se reconnaissent ainsi entre eux.

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J’entends un brouhaha derrière moi, je pense que c’est un groupe important, ce sont juste quatre femmes quadragénaires qui discutent fort, j’ai l’impression qu’elles parlent toutes en même temps !  Quel soulagement de les voir s’éloigner devant moi et de retrouver la quiétude du chemin.

Je ne trouve pas d’endroits pour m’assoir et me reposer. Le vent souffle. Je sens des douleurs à mes genoux.

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Je fais de nombreuses pauses d’habitude qui me permettent de soulager ces douleurs et de repartir facilement. Mais difficilement possible aujourd’hui !

Une femme blonde, la cinquantaine souriante m’accoste en me disant « Bonjour, je parle anglais ! » Nous échangeons dans cette langue, elle est allemande.

Les rencontres se font et se défont, nourris de beaux instants d'échanges en toute simplicité

La fatigue se fait sentir, j’ai mal à mes genoux. Je boite un peu. Il ne fait pas chaud.

Je viens de quitter la Margeride pour l’Aubrac.

Je trouve enfin un petit chemin sans barbelé. Je m’y engage et je m’assois sur un tronc d’arbre enneigé. Mon sac accroché à une branche, je mange et me repose un peu, pas longtemps, c’est peu confortable !

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J’arrive à Aumont Aubrac vers 14h, je me retrouve devant l’église, et je ne sais pas où se trouve mon hébergement.

Il fait froid. Une dame me renseigne gentiment et me guide.

Le gite Les Sentiers Fleuris jouxte la Mairie. Il est fermé et ouvre à 14h30.

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Je me dirige vers le Bar de la Mairie situé en face. Il y a beaucoup de monde, notamment mon club des cinq ! Je souris à plusieurs personnes déjà rencontré.

Je m’assois à la table occupée par Sophie et Mireille, avec qui j’ai passé une nuit, la fameuse, celle avec les allemands !

J’apprécie grandement un chocolat chaud !

Nous conversons sur les gens que nous avons rencontrés, nous échangeons des nouvelles de certains. Elles ont revus Cléa qui continue son chemin à son rythme. Elles connaissent aussi Théo avec qui j’ai partagé ma dernière nuit.

Pour elles aussi, cette journée fut difficile à cause du vent, du froid et de la neige.

Vers 15h, je rejoins le gite. Je suis dans une jolie chambre de 3 lits. La première arrivée.

Je passe un moment sous une délassante douche bien chaude.

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Aujourd’hui, je n’ai pas envie de sortir pour voir le village, il fait froid. Je reste un long moment à me reposer sur mon lit, surtout sans m’endormir !

Je descends voir s’il y a du monde en bas dans la petite salle commune. Personne, je me fais un thé, je n’ai pas envie d’allumer la télé, je vais rester 10 jours sans en regarder une !

Le vacarme des infos, le harcèlement de la pub, la course à la conso, j’échappe à tout cela en ce moment.

Je m’approche de la porte d’entrée, dehors il ne fait pas chaud, je n’ai vraiment pas envie de sortir.

Je remonte dans ma chambre, j’écris, je téléphone à mes proches.

Je redescends à nouveau. Des arrivants laissent leurs chaussures et bâtons de marche en bas.

Toujours personne dans la petite salle. Je suppose que les marcheurs restent au chaud dans leur chambre.

Vers 18h45, je rejoins la salle à manger à côté de la cuisine au rez de chaussée face à un agréable jardin.

Enfin du monde ! Je m’installe à une table avec deux couples et un homme seul.

Ce soir-là, nous sommes une vingtaine de convives.

Le patron nous sert une soupe de légumes, un couscous avec du bœuf de l’Aubrac, du fromage et une coupétade différente de celle que l’on m’a servi hier, car elle a  des fruits ! Elle est meilleure !

Nous passons un très agréable moment, nous sommes des personnes d’horizon très différends et nos échanges sont passionnants.

Nos dialogues dévient sur notre alimentation pendant nos journées.

Tous disent qu’ils ne mangent pas un repas à midi, mais plusieurs fois dans la journée, des barres de céréales, des biscuits, des fruits secs, des fruits.

Je suis partie avec 4 sachets de 250 grs de mélange de noix de cajou, amandes, noisettes, raisins secs que j’avais acheté en vrac à la Biocoop. J’en mange régulièrement, ayant toujours un sachet dans une poche de ma veste, les autres sont dans ma valise.

J’achète banane et pomme dès que j'en trouve, j’apprécie beaucoup le bon pain frais avec du fromage local.

En demi-pension, nous avons tous les soirs un repas équilibré et copieux, et chaque matin, un petit déjeuner avec pain, beurre et confiture, quelquefois aussi avec des gâteaux.

Je retourne dans ma chambre et je remarque un sac à dos posé près d’un lit.

Peu de temps après, un monsieur âgé entre et se présente : Jacques.

Il vit près de Paris, il est né dans la région et vient chaque année, sans sa femme, pour marcher un peu sur le chemin. Il a déjà fait plusieurs fois le trajet jusqu’à Santiago. Il a pris un train Paris/Clermont-Ferrand, et ensuite un bus jusqu’à Aumont-Aubrac. Il revient de manger au restaurant car il est arrivé trop tard pour le repas de notre gîte.

Il a 80 ans, c’est proche de l’âge de mon père !

Nous parlons un moment, il connait plein de choses sur le chemin !

C’est très enrichissant de dialoguer avec lui.

Il m’annonce que la nuit, il peut faire du bruit et que cela risque de me déranger, je lui dis que je vais mettre mes boules Quies pour ne pas entendre son ronflement !

A 21h30, je m’endors en rêvant que demain, je traverse le plateau de l’Aubrac !

Mais ce n’est plus un rêve ! Parce que je le voulais !

6ème jour : Aumont Aubrac à Montgros-Nasbinals - 25 km

Je me lève à 6h50, Jacques est déjà debout.

J’ai dormi comme un bébé ! Ou il n’a pas ronflé, ou je n’ai rien entendu...

Je suis en pleine forme, aucune douleur comme tous les matins. Mes nuits sont réparatrices !

Nous partageons un petit déjeuner avec du bon pain frais, j’adore cela.

Je quitte l’hébergement à 8h, je traverse l’imposant village.

Pleins de personnes sont devant la boulangerie, notamment le groupe de retraités pas souriants !

Ils sont en train de mette leur ponchos de pluie et même l’une d’elle enfile son pantalon imperméable ! Je leur précise en souriant qu’aujourd’hui, il ne doit pas pleuvoir ! On me répond sèchement que c’est en prévision du vent sur le plateau de l’Aubrac ! Avant de l’atteindre ce fameux plateau, nous devons parcourir 12 km dont une partie en montée, je m’abstiens de leur dire !

Celui qui marche en tête de leur groupe est toujours en sandales et chaussettes !

Beaucoup de monde au départ et nous marchons en groupe sur la route avant de prendre un chemin.

Le temps est gris mais le soleil perce par moments.

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Et là, dans une montée, c’est alerte plantaire ! A ne surtout pas négliger ! Une très légère gêne se fait sentir sur le devant de mon pied droit. Je trouve rapidement un banc juste sur le bord du chemin.

J’ôte chaussure et chaussette. Et je cherche, est-ce le 2ème à gauche, le 3ème à droite, le 4ème à gauche, ce n’est pas le 1er, ni le 5ème à droite... Je tâte minutieusement mes orteils, la douleur n’est pas encore présente, juste un léger inconfort mais cela est le début de l’apparition d’une ampoule !

Finalement, je pense que c’est celui du milieu, je l’arrose d’eau avec le tuyau de ma poche d’eau, je dois enlever la trace de crème, je l’essuie et je pose un pansement double peau, un Compeed.

Je garderai ce pansement 2 jours et aucune ampoule ne viendra éclairer mon pied !

Le banc étant sur le bord du chemin, on m’interroge pour savoir si tout va bien !

La majorité des marcheurs que j’ai rencontrés ont un truc pour éviter les problèmes de douleurs aux pieds. C’est la Crème Nok ! Nous avons commencé de la mettre matin et soir 20 jours avant nos départs, et nous continuons chaque jour ce massage. Cette crème est anti-frottement, elle épaissit la peau.

Je n’ai eu aucun autre problème sur mes pieds !

Nous avons toutes des pieds magnifiques grâce à la pose et aux massages réguliers avec cette crème et l’une a souligné que ses pieds n’avaient jamais été aussi jolis !

J’avais parlé de cette crème à Théo suite à sa belle collection d’ampoules, on lui avait parlé de ce produit juste la veille de son départ ! Trop tard !

J’ai rencontré d’autres personnes ayant eu des ampoules, elles ont reconnus de n’avoir pas prêté attention à ce début d’échauffement et se sont retrouvé le soir avec une ampoule formée !

Il faut rester à l’écoute de notre corps et être vigilant, il nous le rendra bien !

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Je m’arrête un moment dans la jolie chapelle de la Bastide.

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Martin et Virginie, père et fille, me rejoignent. Nous marchons ensemble un  moment.

Nous apercevons sur le bord du chemin un poulain tétant sa mère. A notre arrivée, il se laisse choir. Nous passons un moment à les contempler.

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J’arrive aux 4 chemins, c’est le début du plateau de l’Aubrac !

Un joli sentier étroit avec des restes de neige m’y emmène.

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Me voilà sur le plateau de l’Aubrac !

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C’est un vaste plateau à cheval sur 3 départements (Aveyron, Cantal et Lozère), dont l’altitude oscille entre 1000 et 1300 m de landes marécageuses et d'immenses pâturages.

Il n’y a aucune vache actuellement.

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Un homme me demande de loin de lui tenir la barrière ouverte pendant son passage, il a un chariot accroché à sa ceinture.

Il marche ainsi sans porter son sac mais en le tirant !

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La vue est belle, je vois peu de personnes, ils sont tous déjà passés.

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Je savoure mon bonheur toute seule dans ce fabuleux endroit.

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Ce sont des immensités pastorales entrecoupées de murets de pierres où paissent l’été des troupeaux de vaches d’Aubrac.

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Les jonquilles sont en fleur. Le ciel est bleu. Le lieu est sauvage.

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Un sentiment de liberté et de plénitude m'envahit, comme un appel à venir me fondre dans cet espace grandiose.

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Je marche lentement sans penser à rien, tout en admirant, en écoutant les oiseaux et en respirant la Nature.

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Le soleil brille un peu, le vent souffle pas trop fort pour ne pas me déranger.

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Je reste longtemps à admirer, j’apprécie ces moments de contemplation et de lâcher-prise où je me sens seule au monde. Et heureuse.

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Je prends mon repas sur une jolie table avec bancs en pierres.

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Je reprends la traversée du plateau au milieu de blocs granitiques.

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La fin du chemin se déroule sur la route goudronnée.

Ce n'est jamais agréable de marcher sur le goudron en fin de journée quand la fatigue se fait sentir !

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J’arrive à La Maison de Rosalie à Montgros, à 16h40.

Sur la terrasse au soleil, Martin et sa fille Virginie boivent de la bière avec un homme. On est heureux de se revoir !

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On m’annonce que je vais partager ma chambre avec un couple qui est en terrasse, ce sera eux !

Je leur laisse la chambre après ma douche, et je vais faire mon tour du hameau, les maisons sont jolies, je vois des étables, des vaches d’Aubrac.

Je m’installe dans le salon près de la cheminée et Jacques y est assis. On se retrouve et nos discussions reprennent, il m’apprend qu’il était professeur d’histoire et géographie.

Au restaurant, nous avons une table pour notre chambre, je propose à Jacques de nous rejoindre car il est seul.

Ce fut un chaleureux repas, très instructif grâce à nos deux messieurs.

Pour notre dîner, nous avons eu une soupe de légumes, une blanquette de veau de l’Aubrac avec du riz et une tarte aux pommes.

Nous sommes tous les trois couchés à 21h30.

Je m'endors, heureuse de ce que m'apporte ce chemin, dont la magie opère au plus profond de moi.